Le processus du Grand débat, en vue de moderniser l’appareil législatif français sur l’agriculture et la pêche s’appuie principalement sur les groupes de travail. Néanmoins une démarche supplémentaire a été initiée : la consultation du grand public sur les différents sujets concernés et notamment un « appel à idée » pour alimenter la proposition de loi. Le support de cette consultation est un site Internet fonctionnant sous la forme d’un forum, où les internautes peuvent laisser des idées, voter pour ces idées et commenter ce qui se dit.
Parmi les cinq catégories distinguées (Alimentation, Compétitivité et revenu, Agriculture et forêt durables, et territoires, Pêche et PAC 2013) la pêche est l'une de celle qui est le moins alimenté par les internautes. Plusieurs facteurs peuvent être mis en cause. D’abord, une telle consultation a déjà eu lieu pour le Grenelle de la mer. Et une nouvelle consultation, pour les professionnels du milieu essentiellement, s’amorce avec les Assises de la pêche. Même si les objectifs du Grand débat sont différents de ces autres processus, le grand public perçoit sans doute difficilement les nuances. Le choix d’Internet limite également l’accès du public à cette consultation : les pêcheurs ne sont pas forcement toujours très disponibles.
Par ailleurs, il semble exister moins de débat sur le sujet que pour ce qui est de l’agriculture. La plupart des idées (et des votes) se rejoignent autour de quelques thèmes :
Réduire les quantités de poisson pêchés
D’autres suggèrent également de limiter certaines pratiques jugées trop dommageables (comme le chalutage)
Face à (ou accompagnant) cette volonté de contraindre les pratiques, on voit également des idées pour soutenir l’activité des pêcheurs, par exemple les aider à s’orienter vers des pratiques plus respectueuses.
On peut rapprocher ces différentes discussions des axes que s’est donné le groupe de travail (l’intitulé des discussions est indiqué en gras) :
1.Amélioration de la gouvernance
La sollicitation d’une autorité de référence et de confiance à visée normative
‘Un conseil scientifique pour décider des quotas’
L’appel à des actions réglementaires émanant d’autorités internationales, mais en même temps désillusion face à leur inertie
‘Réduire la pêche au niveau international’
‘Interdire la pêche des espèces menacées en les inscrivant sur la liste des espèces en danger’ : suggestion de la création d’un cadre européen pour de telles règles. (Remarque : cela n’est pertinent pour le Grand Débat que si l’on descend au niveau national, mais il y a alors conflit avec la volonté d’une action multilatérale.)
L’utilisation d’outils de contrôle des pratiques à bord tels que la vidéosurveillance ?
‘Contrôler l’application des lois par vidéosurveillance’
2.Développement d’une pêche et d’une aquaculture durables
Limiter les quantités de poisson pêchées à des niveaux soutenables…
‘Un conseil scientifique pour décider des quotas’
‘Réduire la pêche au niveau international’
… voire interdire la pêche des espèces les plus menacées
‘Interdire la pêche des espèces menacées en les inscrivant sur la liste des espèces en danger’ (liste rouge IUCN)
Penser la ressource comme un capital productif qui nécessite d’être maintenu et entretenu : pour une exploitation durable, on ne peut pas prélever plus qu’il n’est produit par le milieu.
‘Modifier notre système de penser sur les ressources naturelles’
Promouvoir l’efficacité dans l’utilisation des ressources pour la production aquacole : économiser les farines de poissons et valoriser les déchets issus de l’agriculture
‘Réorienter la pisciculture’
‘Aquaculture durable: privilégier les poissons 'herbivores' et valoriser les 'déchets' agricoles’
Sensibiliser/encourager le consommateur à l’adoption d’une plus grande sobriété (notamment en protéines animales)
‘Arrêtons le mythe du poisson qui rend intelligent et du steak qui rend costaud’
Encadrer sévèrement les pratiques impactant l’environnement
‘Taxer lourdement ou interdire les pratiques de pêches destructrices de l’environnement et aider la conversion vers d’autres types de pêches’ : ici, l’exemple du chalutage est sévèrement mis en accusation, mais un professionnel y oppose la méconnaissance de ces ‘accusateurs’ de la réalité des techniques et du terrain.
Anticiper les besoins structurels futurs des filières en ressources humaines et infrastructures
‘Organiser une immigration de travail dans les secteurs agricoles et marins’
3.Revenus des producteurs
Permettre aux producteurs de vivre de leur travail
‘Arrêtons le mythe du poisson qui rend intelligent et du steak qui rend costaud’
Soutenir et aider à l’orientation vers des modes de productions/activités plus durables
‘Réorienter la pisciculture et Taxer lourdement ou interdire les pratiques de pêches destructrices de l’environnement et aider la conversion vers d’autres types de pêches’
Ces différentes idées ne feront pas nécessairement progresser le groupe de travail dans ses réflexions : beaucoup de chose existent déjà. Par ailleurs la transcription législative (qui est la finalité de ces réflexions) n’est pas évidente. Par contre il est intéressant de voir que, au moins pour cet échantillon de personne ayant donné leur avis, il y a peu d’idées novatrices (beaucoup moins que sur les sujets agricoles par exemple) : pas de sujet sur les filières de vente courtes, peu de réflexions sur l’aquaculture,...Est-ce du à un manque d’intérêt pour le milieu maritime, moins directement visible ? Ou plus simplement une cristallisation des avis autour de cette idée de réduction de la pêche ? Dans tous les cas la question du dialogue entre les acteurs de ces filières et la population peut se poser.