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zitoun
29/05/2008 17:22 209

Donner un nouveau souffle à la solidarité agricole et rurale Nord/Sud - Forum « parlons agriculture » - Nourrir le Monde - Session N°2 – questions 4-5-6

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Présentation :

ni chercheur, ni spécialiste, mais «agro-économiste» généraliste ayant acquis 40 ans d’expériences diverses :

-          en Tunisie (5 ans : 1969-1974), un développement agricole et des alternatives aux Terres domaniales.

-          En Normandie (10 ans : 1974-1984) : conseil agricole de terrain et service économique régional, travail en groupes d’expérimentation (CETA) associant les perspectives agricoles et environnementales (essais de longue durée : bilan matière organique, structure des sols, nitrates, érosion).

-          puis Agriculture de Montagne (20 ans) : multifonctionnalité ; système agropastoraux de haute valeur ajoutée ; produits de qualité ; ouverture aux partenaires externes territoriaux : fondateur de la SEM agriculture et environnement de la Savoie en partenariat avec les collectivités territoriales ; management humain et financier acquis à la Direction de la Chambre d’agriculture de la Savoie.

-          Fondation du réseau régional Rhône Alpes de coopération internationale agricole (Pologne, et autres PECO ; Maghreb, pays du Sud)

 

Quelques objectifs indissociables et interdépendants :

 

Il peut paraître surprenant d’avoir dû attendre si tard la vague médiatique sur la rupture de stocks alimentaires, et des conséquences sociales cruciales de ce printemps dans nombre de pays du Sud, conjuguée au doublement des prix du pétrole et des principales céréales pour réagir enfin et aborder une saine prise de conscience des priorités à accorder au développement agricole et rural, face à l’inéluctable augmentation de la demande alimentaire et sa diversification dans les pays émergeants.

 

Pour refonder une vision commune au Nord comme au Sud, le triptyque défini par Edgar Pisani dans les années 60, ( la terre?, des hommes?, et des produits?,)  reste d’un bon sens inusable et plein d’enseignements après les égarements de décennies d’exode rural provoqué par une concentration économique répondant aux exigences des économies d’échelles, accentuée par une spéculation incontrôlée sur le foncier et  les produits qui deviennent à nouveau un terrain de chasse refuge pour traders désorientés.

 

Sans prétendre proposer une vision globale et exhaustive du redressement de la situation alimentaire mondiale, plusieurs pistes paraissent incontournables pour stabiliser et améliorer l’avenir.

 

? La terre? :  sécuriser à long terme l’outil de production et la préservation de l’environnement par de bonnes pratiques

 

1.       Sécuriser le foncier et les moyens de productions :

 

 fixer le paysan à sa terre et lui permettre d’optimiser et développer son savoir faire ;

§         Voir situations actuelles en Inde (marches de Rajagopal ayant pour effet la redistribution de terres pour les tribus sans terre)

§         Madagascar : projet de loi foncière, et attribution des titres fonciers ; fonctionnement des bureaux locaux du foncier ; risque de spoliation du paysan traditionnel présent depuis plusieurs générations, au profit de nouveaux spéculateurs ne possédant cependant pas le savoir faire.

§         la Tunisie et le lotissement de terres domaniales des anciens grands domaines

§         et de façon générale nombreuses situations de pays et paysans sans terre (cf.Via Campesina)

2.      maîtrise de l’eau par l’entretien d’une petite hydraulique :

§         dans le contexte actuel de bouleversements climatiques, on dénombre de nombreux cas d’effets dévastateurs de l’érosion superficielle lors des moussons, cyclones et pluies tropicales. Ne pourraient ils pas être amoindris si l’on veille à un bon et régulier entretien de la micro-hydraulique des hauts bassins versants ? C’est le cas des rizières de Madagascar, Vietnam, et autres pays asiatiques qui pourraient être stimulés par une sécurisation des systèmes de production valorisant le travail familial à petite échelle. Agir très en amont des bassins fluviaux, et régulièrement tout le long des réseaux hydrauliques.

§         Travaux de forages et maîtrise de la distribution en zones semi arides (Niger, Mali, Sénégal? et Barrages en demi-lune retenant les eaux superficielles lors des périodes pluviales.

§         voir les nombreuses références et compétences de l’ONG « Hydraulique sans frontières » de Chambéry.

 

 

? Les hommes? : promouvoir une économie de proximité, mutualiste ou interprofessionnelle

 

3.      Un bilan économique et énergétique des productions et de leur distribution :

 

§         Dans les années 70/80, le raisonnement agronomique à commencer à aborder le développement durable (« Une agriculture autonome et économe » de Jacques Poly) en recherchant avec les bilans humiques la mise en place d’assolements et de pratiques qui équilibreraient la consommation des intrants en se souciant de la destination des pailles et déchets organiques, et des coûts induits en amont et aval.

§         Le cours du pétrole à 130 $ oblige enfin à reconsidérer totalement les marges de manœuvres des systèmes de production, en intégrant tous les effets induits en amont et aval de la production agricole (production et transports).

§         On souhaite par analogie imaginer un bilan en «unité d’énergie produite / consommée» par chaque système :

Valeur de la production finale à laquelle on doit déduire :

·         les coûts énergétiques des intrants, et de la semence, jusqu’à la remise en place de la culture ou récolte suivante.

·         la mécanisation et son carburant,

·         les transports amont et aval de la distribution des intrants et de la récolte,

§         déterminer en conséquence les périmètres progressifs et  prioritaires du développement agricole :

·         une priorité à l’autoconsommation familiale et villageoise;

·         puis une distribution vers le marché local avant d’aborder la mise sur le marché de consommation urbaine, et l’export éventuel

 

4.      Une organisation économique locale, collective et coopérative, ouverte au marché extérieur :

 

S’il paraît difficile ou illusoire de vouloir décréter les priorités du marché, peut on rappeler la nécessaire progressivité dans la mis en place de dispositifs de coopération agricole ?

Dans ce domaine, avant de laisser le producteur impuissant et dispersé face aux négociants et commerçants, (dont les rôles ne peuvent toutefois pas être diabolisés), on favorisera une approche contractuelle, par conséquent une stratégie et une capacité de négociation collective.

Une priorité doit être accordée à l’appui aux organisations économiques mutualisées, voire interprofessionnelles, assurant la gestion des stocks et privilégiant la sécurité alimentaire.

 

Les commentaires de L.Bourgeois et de Jacques Faye soulignent le caractère indissociable entre l’initiative des producteurs à travers les O.P. et l’indispensable cadre politique de l’Etat dans l’organisation des marchés nationale et régionale afin de ne pas livrer la régulation aux seules lois des monopoles en place.  

A ce stade, les dispositifs législatifs ou gouvernementaux doivent privilégier leur priorité à un développement local, endogène et interprofessionnel, ainsi qu’à une régulation concertée  des marchés.

Tirer les enseignements de dispositifs économiques incontrôlables au plan local, du fait d’une centralisation excessive des centres d’informations et décisions, que ce soit d’origine socialiste collectiviste, ou à l’inverse, des enjeux de concentration de gros opérateurs capitalistes ou multinationaux.

 

5.       Le microcrédit :

 

Il n’est plus à démontrer !? : Près de 20 ans après les premiers succès de la Grameen Bank de Mohamed Yunus au Bangla Desh, prix Nobel de la Paix, le développement du microcrédit auprès de plusieurs centaines de millions de ruraux, doit être aussi brièvement que vigoureusement rappelé !

C’est le levier qui consolide l’émergence de cette économie locale, solidaire, équilibrée entre divers corps de métiers ruraux ou urbains, et responsabilise l’esprit d’entreprise et de responsabilité plutôt que d’assistance, avec un mode de gestion parfaitement mutualiste.

 

? Les produits ? :  

 

6.       des produits locaux de qualité et un respect de la diversité des ressources génétiques :

 

L’expérience du développement agricole en zones défavorisées et handicapées (montagne ou autre) permet de témoigner de l’impact d’un réseau de petits ou moyens ateliers (production et transformation) appuyés sur des cahiers des charges de signes de qualité (AOC, ou autres) alliant tant les acquis de la tradition acquise que les ouvertures technologiques de la recherche scientifique.

 

Cette stratégie de produits sous signes de qualité peut paraître réservée aux pays de condition riche, dont le budget alimentaire des ménages peut s’offrir cette diversification de niveaux de qualité. Mais si la demande alimentaire des pays moins favorisés (Europe de l’Est, pays du sud, ?) est plus primaire, le respect de la diversité de sa production vivrière, et les atouts de ses ressources génétiques peuvent être prioritaires et source d’un développement équilibré.

A cet égard une attention forte sur le patrimoine génétique local (tant végétal qu’animal) doit être réaffirmé, en mobilisant les compétences scientifiques et techniques extérieures disposant d’un recul et d’expérience positive (ex : plans de relance des races traditionnelles de montagne).

 

 

? Une décision politique de mobilisation de moyens humains et financiers :

 

§        dynamiser la mobilisation de réseaux de compétences au développement agricole local : sans prétendre généraliser les itinéraires du développement  agricole parcourus en France ces 30 dernières années ; il est possible de les transposer très rapidement dans des processus éprouvés associant autour d’une gestion de groupements, les bases de vulgarisation, de formation et d’accompagnement à la gestion de projets. 

Plusieurs réalisations en cours en témoignent dans l’Europe de l’Est (Pologne, Roumanie) comme dans plusieurs pays du Sud, associant des compétences d’institutions diverses (Instituts techniques, Chambres d’agriculture, enseignement agricole, AFDI, ?.

Nos réseaux de compétences interprofessionnelles peuvent en effet répondre rapidement à des problématiques voisines nécessitant en amont une volonté politique partagée par les pays partenaires, et la mobilisation des budgets correspondants.

 

§        Une priorité aux financements du développement : l’objectif du millénaire honteusement rappelé ! comment pouvoir avouer aujourd’hui que les objectifs du millénaire d’un effort d’appui à hauteur de 0,7% du PIB, ne sont qu’à peine accomplis à la moitié ? Tandis que les surcoûts actuels de l’approvisionnement alimentaire du PAM et son acheminement ne sont pas résolus accentuant les situations de famine ?.

C’est un éclairage nouveau pour les tous prochains débats de politique régionale (PAC) et les controverses au sein de l’OMC trop exclusivement fondées sur le marché, sans avoir pris en compte les coûts économiques, environnementaux et sociaux du développement agricole et rural.

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