Les enjeux
Le mot de Michel Barnier, ministre de l’agriculture et de la pêche :
L'agriculture au cœur des enjeux du XXIe siècle
L'agriculture est de retour. Non qu'elle ait disparu, mais elle semblait s'éloigner des préoccupations quotidiennes de la plupart des nos concitoyens. Cette insouciance relative est le signe d'une réussite exceptionnelle : celle de la PAC qui a permis aux Européens d'assurer leur sécurité alimentaire et à la France d'avoir l'une des agricultures les plus dynamiques et les plus performantes au monde.
De nouveaux défis à l'échelle planétaire nous rappellent que l'agriculture conditionne nos existences :
- le défi alimentaire, tout d’abord. La planète devra, d’ici 2050 nourrir plus de 9 milliards d'hommes. Cela signifie qu'en quatre décennies, la production agricole mondiale devra doubler
- le défi climatique et environnemental. Il bouleverse les écosystèmes, contraint les terres arables et impose de produire mieux.
- le défi énergétique. L'agriculture est engagée pour faire face à la réduction des énergies fossiles
- le défi de la mondialisation. L’ouverture des marchés, le développement des échanges font surgir de nouveaux risques et imposent de nouvelles règles commerciales.
Oui, l'agriculture est au cœur
des enjeux de société. La prise de conscience est globale. En témoigne le dernier rapport de la Banque Mondiale qui affirme que l'agriculture est le moyen le plus efficace pour vaincre la pauvreté et pour créer développement et croissance. Elle existe aussi chez
les Européens soucieux de la préservation des ressources de notre terre. Ces défis,
les agriculteurs eux-mêmes les ont intégrés dans leur métier au quotidien.
L'agriculture n’est pas une activité du passé. C'est
un actif stratégique pour l’UE et pour La France. L'agriculture demeure l'un des pivots de la compétitivité française, elle constitue une spécialisation solide de notre appareil productif. L'agriculture de demain est l'un des instruments pour une croissance durable et territorialement équilibrée. L'agriculture sera l'une des clés de ce que l'on appelle l'éco-croissance.
C'est dans ce contexte que les Européens sont appelés à réviser
leur politique agricole commune. Le moment est venu de dessiner les contours d'un nouveau pacte alimentaire, agricole et territorial à l'échelle européenne. Ce ne doit pas être une simple affaire d'experts, mais l’affaire de tous ; La France a une opportunité à saisir avec la présidence de l’Union européenne qu’elle assurera au cours du second semestre
Pour initier ce dialogue, j'ai souhaité que soit lancée l'opération «
parlons agriculture ». Tout au long de cette opération, c'est l'ensemble des acteurs qui sont invités à débattre, à confronter leurs points de vue et à sortir des idées reçues : agriculteurs, professionnels, experts, représentants de la société civile, responsables politiques ou simples citoyens. Le site parlonsagriculture.com offre un espace de dialogue ouvert à tous.
Au cours des quelques semaines qui nous séparent du début de présidence française de l'Union européenne,
trois rencontres ouvertes au public seront organisées à Paris et à Bruxelles.
- Le 23 avril 2008, la première rencontre sera consacrée à la préoccupation quotidienne qui lie chacun de nous à l'agriculture : l'alimentation. Ce sont nos modes de consommation qui dessinent les contours de l'agriculture de demain. L'enjeu, pour chacun de nous, est de manger mieux. Les politiques publiques de demain, au niveau national comme au niveau européen, auront à relever le triple défi de la qualité, de la diversité et de l'accessibilité pour tous. Notre exigence collective est de lier alimentation de qualité et agriculture durable.
- Le 21 mai 2008, la deuxième rencontre abordera l'agriculture à l'horizon 2030. Produire plus et mieux tel est bien le défi qu'il nous faut relever. Dans ce contexte, la contribution de la recherche est majeure pour desserrer l'étau de la pollution et de l'appauvrissement des ressources. La voie de l'agriculture écologiquement intensive passera par la recherche.
- Le 3 juillet 2008, à Bruxelles, une dernière rencontre nous ramènera à la finalité première de l'agriculture : nourrir la planète, donner à chaque peuple les moyens de sa souveraineté alimentaire. Les interrogations sont multiples et les enjeux décisifs pour toutes les régions du monde.
Ces rencontres destinées à tous mobiliseront des acteurs, des personnalités de plusieurs pays européens et d’autres continents. L'agriculture a été l'une des premières causes communes européennes. Elle est une des premières causes mondiales. Dans cette démarche, nous n'avons pas la prétention pas d'apporter des réponses toutes faites ou de donner de grandes leçons. Mais nous avons une ambition :
contribuer à défricher l'avenir commun.
En Europe, nous avions peu à peu perdu la mesure et la conscience des nécessités et des réalités de l'agriculture. La marche accélérée de la planète nous ramène à l'essentiel.
Alors parlons agriculture !
Michel BARNIER
Ministre de l’agriculture et de la pêche
27 mars 2008