Alimentation et Santé : « La Santé »

L’impact de l’alimentation sur la santé est de plus en plus évident. L’évolution progressive qui a eu lieu au sein des sociétés occidentales a entraîné des modifications profondes à la fois sociologiques (urbanisation), sanitaires (hygiène en général, alimentaire notamment) et de régime alimentaire (transition nutritionnelle).


De ce fait, on a assisté à l’effondrement des décès prématurés d’origine infectieuse au profit de l’émergence de pathologies dites chroniques ou dégénératives comme les cancers, les maladies cardiovasculaires ou neuro-dégénératives, l’obésité et le diabète de type-2. Cette même évolution se réalise actuellement sous nos yeux dans les pays émergents, indiquant bien qu’il s’agit d’une réponse métabolique aux changements environnementaux, les mêmes causes produisant les mêmes effets. La coexistence de pathologies consécutives à une pléthore nutritionnelle (pathologies dites de surcharge) ou au contraire à une insuffisance nutritionnelle (dénutrition) est un fait intéressant à souligner dans les pays émergents comme dans les pays occidentaux.

Dans les premiers, il s’agit surtout de la conséquence de disparités sociales, la dénutrition étant l’apanage des plus démunis et l’obésité des classes accédant à un meilleur niveau de vie, et ce d’autant plus que l’accession est rapide. Par contre dans les seconds, la dénutrition est avant tout la conséquence de pathologies chroniques, de mieux en mieux traitées et donc ayant une espérance de vie plus longue, tandis que l’obésité montre une prévalence supérieure dans les classes défavorisées. Il apparaît bien que la prise en charge de ces pathologies chroniques, liées à l’environnement, au sens le plus large du terme, ne répond pas aux interventions de la médecine aussi bien que cela a été le cas pour les pathologies aigues dont les succès retentissants n’ont pas besoin d’être rappelés. La dimension métabolique et nutritionnelle des pathologies chroniques, quelles qu’elles soient, apparaît beaucoup plus difficile à traiter et elle représente un enjeu majeur de santé public qui est à la hauteur des plus grands enjeux auxquels doit faire face notre société moderne.

L’alimentation humaine est extraordinairement diverse alors que les besoins métaboliques qui permettent d’assurer un état nutritionnel optimal sont particulièrement constants sous les différentes latitudes. En d’autres mots, s’il y a une infinité de diètes possibles, elles conduisent sensiblement toutes au même résultat physiologique grâce à une extrême plasticité métabolique. Entre les populations Inuits qui consomment (ou consommaient?) un régime massivement composé de protéines et de graisses animales et certains peuples d’Asie, par exemple, qui ne consomment (ou ne consommaient?) principalement que du riz et quelques légumes et fruits peu variés, il y a une immense différence ! Et pourtant avec le recul de quelques millénaires, on peut penser que l’adaptation à des environnements alimentaires aussi éloignés n’a pas si mal réussi ! Ceci résume bien la difficulté des études touchant l’alimentation et la nutrition. En effet beaucoup de nos connaissances reposent sur le principe simple de « l’exclusion/introduction/supplémentation » avec toutes les variantes possibles, mais cherchant dans tous les cas la mise en évidence d’un effet spécifique et reproductible. Cela est bien adapté à l’étude des constituants essentiels de notre alimentation (vitamines, minéraux, acides aminés, acides gras, etc.).

Par contre, dès lors qu’il s’agit d’étudier des effets est moins tranchés, complexes ou partagés, les difficultés apparaissent. Ainsi si l’on dispose d’un assez large éventail d’études épidémiologiques transversales ou longitudinales montrant des relations claires entre régime alimentaire et morbidité (cancer, maladies cardiovasculaires, neurologiques, métaboliques, etc. ), on est beaucoup plus démuni dès lors que l’on cherche à démontrer une causalité directe et précise. Cela tient bien sûr au fait que les études d’intervention sont extraordinairement difficiles et qu’il existe une multifactorialité marquée dans ce domaine particulier de la nutrition. Il est habituel de rechercher l’effet de tel ou tel groupe d’aliments, quand ce n’est pas d’un seul aliment voire d’un nutriment isolé alors que, bien entendu, c’est l’effet de l’alimentation dans son ensemble et au sein de son contexte qu’il convient d’étudier.

L’un des enjeux majeurs auquel est confrontée la biologie moderne est constitué par ce qu’il est coutume d’appeler la biologie de systèmes (« Systems Biology »). En effet, la dissection de plus en plus fine méticuleuse et sophistiquée des différentes voies de transformation, de signalisation, d’expression, etc., se heurte à notre incapacité à reconstruire l’ensemble permettant de modéliser un processus vivant : plus nos connaissances spécifiques grandissent, plus notre incapacité à les rassembler devient criante.  La nutrition est un bon exemple et le développement des outils de la génomique (étude des gènes, de leur régulation et de leur expression), de la protéomique (étude des protéines résultant de l’expression des gènes) et de la métabolomique (étude des métabolites résultant de l’activité des protéines) doit permettre de comprendre des réponses intégrées et surtout de prendre en compte la complexité des interactions.

 
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