Avez-vous déjà fait du pain ? Sans doute, mais de la baguette ? Vous aurez alors remarqué combien c’est une opération difficile ! Avoir une belle croûte, dorée, mince, croustillante, avec une mie cuite, pas fade, une belle odeur de fermentation? Celle ou celui qui s’essaye à cette réalisation comprend –souvent à ses dépens- combien les bons boulangers sont de remarquables professionnels, dignes d’admiration ; au lieu de manger négligemment sa baguette, elle ou il savoure un « beau produit », fondé sur la mise en œuvre intelligente de produits de belle qualité (la farine : savons-nous bien quels sont les divers types ? les différences entre les types ? et les levures ?).
Cette idée, de donner à admirer le travail de l’artisan, est également au cœur des Ateliers expérimentaux du goût, dont nous avons parlé il y a quelques jours : nous-mêmes, adultes, sommes parfois passés à côté de belles productions, mais ne laissons pas les enfants « en friche de culture alimentaire » ; dès l’école, faisons leur comprendre les secrets et les beautés du pain.
Du pain ? Oui, mais également du fromage, voire du vin ! Le fromage : au fait, en avons-nous déjà fait ? et saurions-nous, à partir, simplement, d’un peu de lait, obtenir un camembert, un munster, une époisse ? En général, quand nous suivons un protocole, nous obtenons quelque chose de fade, bien loin de ces merveilleux fromages affinés qui font le bonheur des gourmands.
Toutefois, le pire, c’est le vin ! Je dois avouer que le raisin de ma vigne, dans le petit pavillon de banlieue que j’habite, a parfois fini dans une bouteille, pressé, laissé à fermenter? et je n’en tire généralement qu’une affreuse piquette, qui termine à l’évier. Que manque-t-il, pour faire un Gevrey-Chambertin ? Sans doute un sol, sans doute un cépage adapté, sans doute un climat particulier, sans doute du soin pour la conduite de la vigne, sans doute de bonnes pratiques pour la fermentation, puis l’élevage du vin, sans doute?tout ce qui fait que certains vignerons font du bon vin, et d’autres font du moins bon vin.
Dans tous les cas, j’ai cessé d’être méprisant, parce que je sais combien mon propre vin est mauvais ! On a dit que nous sommes humains en proportion de notre capacité à admirer. Soyons doublement humains : par la connaissance du vin, produit de civilisation avancée, et par l’admiration que nous portons aux bons professionnels. Buvons lentement, pour apprécier non seulement le travail des professionnels, mais, aussi, pour célébrer ce sol merveilleux qu’est le sol français, qui nous donne de si beaux produits.