se connecter

Hommes en agriculture : Paysan, pourquoi pas vous, pourquoi pas moi ?

lundi 19 Mai 2008, 08:30

Article

L'image d'Épinal du paysan naissant et mourrant sur une ferme repliée sur elle-même est bel et bien dépassée! Les entreprises agricoles sont résolument tournées vers l’ouverture et permettent la mobilité sociale et professionnelle. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, les plus de 40 ans représentent actuellement 40% du total des agriculteurs qui s'installent en agriculture. Selon les experts, ce chiffre ne fera que croître d'ici 2020 (Lefebvre, 2008). La mobilité professionnelle en agriculture est liée tout à la fois à l’arrivée de personnes ayant déjà exercé une activité antérieure (hors agriculture) et un nombre croissant de départs précoces.

L’agriculture est une activité qui peut se choisir en avançant dans l’âge mais qui peut également se quitter précocement malgré un choix de jeunesse.

Il est fini le temps où l’on était agriculteur à vie ! Entre 12 000 et 13 000 chefs d’exploitation abandonnent leur métier avant l’âge de 55 ans. Ceci représente environ 40% des cessations d’activité enregistrées chaque année. Si les études du Centre National pour l’Aménagement des Structures des Exploitations Agricoles montrent que des raisons économiques peuvent parfois conduire des agriculteurs à quitter précocement le métier d’agriculteur, ces départs ne sont pas toujours synonymes d’échecs. Toujours selon les experts du CNASEA, ils pourraient servir pour moitié à la libération de foncier pour de nouveaux installés.

Si l’entrée dans le métier d’agriculteur est de plus en plus tardive, elle relève plus de l’initiative que de la contrainte. L’agriculture n’est plus un métier réservé aux seuls fils d’agriculteurs. L’insertion en agriculture n’est plus uniquement une question de filiation, de sexe ou d’âge. Ces nouveaux venus d’ailleurs qui participent aujourd’hui à plus de 30% des installations seront certainement parmi les piliers des entreprises agricoles de demain.

Question
Franchiriez-vous le pas ? Quitteriez-vous un métier de cadre pour vous installer paysan ? Seriez-vous prêt à encourager votre fils ou votre fille à s’installer ?

Auteur de cet article : François Purseigle

exprimez-vous sur le forum
 

Pratiques et systèmes agricoles : penser et agir de manière systémique

lundi 19 Mai 2008, 08:26

Article
Au cours des décennies 60 et 70, les pesticides faisaient figure de solution miracle. La recherche, qui a suivi ce mouvement, n'a pas suffisamment investi dans les alternatives. Ensuite, on a voulu nous faire croire que les OGM allaient tout résoudre. Pendant ce temps on a oublié de voir qu’en comprenant mieux la manière dont fonctionne l’agro-écosystème, on pouvait en mobiliser le fonctionnement à notre profit ; valoriser les auto-régulations,  maîtriser les parasites en favorisant leurs prédateurs, utiliser la diversité génétique comme source de stabilité des populations parasitaires et la fixation symbiotique des légumineuses comme moyen d’alimenter les autres plantes en azote? J’ai la faiblesse de croire que si le monde avait investi autant d’argent dans la recherche sur les régulations biologiques de l’agro-écosystème que sur les pesticides ou sur les OGM, on serait beaucoup plus avancés sur le chemin d’une agriculture durable. On doit aussi penser et agir de manière systémique au niveau de la société: Agir sur l’emploi des pesticides ne passe pas seulement par des réglementations sur les pesticides ; de la même manière, agir sur les pratiques agricoles ne passe pas seulement par des politiques visant les agriculteurs ; enfin, agir sur des dynamiques économiques et sociales à forte inertie, comme celles qui régissent les systèmes agricoles, supposerait une constance dans les messages adressés aux acteurs, une constance des politiques publiques et une transparence dans l’évolution des réglementations.

Question
L’un des obstacles majeurs au développement d’une agriculture durable, n’est-il pas dans le fait que les politiques publiques ne sont pas elles-mêmes durables ?

Auteur de cet article : Jean-Marc Meynard

exprimez-vous sur le forum
 

Pratiques et systèmes agricoles : Un besoin de nouvelles variétés adaptées à l’objectif de réduction des pesticides

vendredi 16 Mai 2008, 17:35

Article

Les entreprises semencières concentrent leurs efforts sur un petit nombre d'espèces (blé, colza, soja, coton, maïs et quelques autres) qui constituent les plus gros marchés. L’écart de productivité se creuse entre ces espèces et celles qui sont l’objet d’un effort de sélection moindre, ce qui rend plus ardue la diversification des rotations. De même, malgré les efforts de certains semenciers, on dispose encore aujourd’hui d’un trop petit nombre de variétés suffisamment résistantes aux maladies pour permettre des réductions de fongicides. Il serait nécessaire de donner un signal fort aux entreprises de sélection végétale pour les aider à infléchir leurs programmes ; mais il ne faudra pas en attendre de résultats avant 10 ans !  De manière générale, les pouvoirs publics doivent se mobiliser davantage pour promouvoir les alternatives aux pesticides. Par exemple, alors que les mécanismes économiques poussent à la spécialisation, la diversification des cultures n'est pas encouragée . Autre exemple : le commerce des semences de mélanges de variétés de céréales, prévu depuis longtemps dans le droit européen (Directive européenne 66/402/CEE[1]), n'est pas encore autorisé en France?

Question
Quelles mesures incitatives pour favoriser la sélection et l’usage de variétés résistantes aux maladies et aux parasites ? Les variétés OGM deviennent elles acceptables si elles permettent de réduire significativement l’usage des pesticides ?



[1] « Les Etats membres  admettent que des semences d'une espèce de céréales soient commercialisées sous forme de mélanges déterminés de semences de différentes variétés dans la mesure où lesdits mélanges sont de nature, sur la base des connaissances scientifiques ou techniques, à être particulièrement efficaces contre la propagation de certains organismes nuisibles et pour autant que les composants du mélange répondent, avant mélange, aux règles de commercialisation qui leur sont applicables. »

 

Auteur de cet article : Jean-Marc Meynard

exprimez-vous sur le forum
 

Pratiques et systèmes agricoles : des méthodes de production intégrée économes en intrants existent

vendredi 16 Mai 2008, 17:26

Article

Pour atteindre un objectif ambitieux de réduction des pesticides, comme la diminution de 50% du nombre de traitements, il faut réduire les risques en amont, en diversifiant les rotations, en choisissant de ne cultiver que des variétés résistantes aux maladies, en évitant que l’inoculum ne se multiplie dans les champs d’à coté ou ne se diffuse, en favorisant les auxiliaires (ennemis naturels des ennemis des cultures). On est ici dans le domaine de ce que l’on appelle la « production intégrée », où les produits phytosanitaires sont utilisés en dernière instance.

D’ores et déjà, des méthodes de production intégrée existent et sont mises en œuvre par certains agriculteurs. Par exemple, des conduites de culture à bas intrants existent pour le blé, le tournesol, le colza... Des changements de variété, des modulations de date ou de densité de semis, des adaptations de la gestion de la fertilisation ou de l’irrigation permettent de réduire l'usage des produits phytosanitaires. Les associations de variétés dans le même champ permettent de créer des complémentarités de résistance aux maladies. Nous avons obtenu des résultats très probants sur le blé, l'orge les pommes de terre ou les pommiers. Pratiqué en agriculture biologique, et aujourd’hui au point en production intégrée, un mélange entre céréales et légumineuses (par exemple blé et pois) stimule également la résistance aux maladies ; il est de surcroît plus résistant qu’une légumineuse pure à l’envahissement pas les mauvaises herbes, et moins exigeant en engrais azoté qu’une céréale pure. La diversification des assolements et rotations diminue la pression parasitaire, mais si elle est bien raisonnée, peut avoir aussi d’autres avantages écologiques. Ainsi, la substitution du sorgho au maïs limite les quantités d'eau utilisées. Les protéagineux, qui permettent de réduire les consommations d’énergie et les émissions de gaz à effet de serre (CO2, N2O), disparaissent malheureusement des rotations céréalières, et ce dans l'indifférence générale. Enfin, les haies et bandes enherbées permettent le développement des prédateurs des parasites des cultures à proximité des champs et vergers.

Question
Pourquoi ces méthodes restent peu connues, peu diffusées et en définitive peu utilisées, alors que les expérimentations ont monté leur rentabilité, alors que les agriculteurs qui les mobilisent en sont satisfaits ? ? Comment faire pour les promouvoir, les améliorer, les adapter à la diversité des sols, climets et régions françaises ?

Auteur de cet article : Jean-Marc Meynard

exprimez-vous sur le forum
 

Hommes en agriculture : Le salariat agricole, des métiers d’avenir ?

vendredi 16 Mai 2008, 17:18

Article
Nous l’oublions trop souvent mais les hommes de la terre ne sont pas seulement des chefs d’entreprise ! La concentration et la spécialisation des systèmes d’exploitation agricole a conduit à un accroissement du nombre de salariés agricoles. En 2005, ces derniers représentaient pas moins de 31,5% de la population active agricole et leurs activités correspondaient à près du tiers du volume du travail réalisée. Les productions maraîchères, viticoles et arboricoles sont les plus pourvoyeuses d’emplois de type salarié. Pour ces trois secteurs, ce sont les saisonniers qui prédominent en nombre. Les secteurs de l’élevage ont davantage recours à une main d’œuvre permanente.

Nul ne peut nier que dans nombre de secteurs cette situation nourrit une des nouvelles formes de précarisation en agriculture auxquelles s’ajoutent des difficultés d’accès au logement notamment pour les plus jeunes et les travailleurs étrangers.

Nous sommes également entrés dans une période qui voit émerger un patchwork d’entreprises définies par une fluidité de métiers et une mixité de statuts. En ce sens, le secteur agricole apparaît comme un des véritables laboratoires où émergent de nouvelles formes innovantes de travail et où de nouveaux statuts sociaux et professionnels s’élaborent selon des modalités différentes d’hier. Le chef d’exploitation peut mélanger du salariat, peut diversifier ses sources de revenus, il peut également proposer des travaux en entreprise. Les combinaisons entre les métiers et les statuts sont de plus en plus importantes et variées. Et le temps partiel et le caractère saisonnier et temporaire de certaines activités agricoles ne sont plus uniquement synonymes de précarité ou de non qualification ! Certaines activités saisonnières peuvent témoigner d'une haute technicité et d'une haute responsabilité. Par ailleurs, le choix des métiers agricoles conduit très souvent à l'acquisition de nouveaux savoir-faire et savoir-être.


Question
Face aux réalités paradoxales qui entourent les nouvelles formes de salariat en agriculture les métiers de l’agriculture sont-ils, selon vous, des métiers d’avenir ?

Auteur de cet article : François Purseigle

exprimez-vous sur le forum
 

La pluridisciplinarité au service des biotechnologies végétales

mercredi 14 Mai 2008, 11:54

François Houllier
directeur scientifique "Plante et produits du végétal" de l’Inra
Voir la biographie complète

Article

Les biotechnologies végétales couvrent un vaste spectre de techniques et de méthodes qui vont des méthodes aujourd’hui conventionnelles d’amélioration des plantes à la sélection assistée par marqueurs fondée sur la connaissance des génomes, de la culture in vitro à la transgénèse. Elles  sont aujourd’hui un outil, aussi indispensable que commun, des laboratoires de biologie et génétique végétale pour leur activité première d’acquisition de connaissances, de tests d’hypothèse et de compréhension du développement des plantes et de leurs interactions avec leur environnement physique et biologique. Le perfectionnement de ces technologies constitue ainsi, en soi, un objectif méthodologique ; il débouche, en retour, sur des questions, et des avancées, scientifiques majeures en biologie fondamentale.

 

Les biotechnologies sont aussi porteuses d’applications diversifiées, potentiellement utiles pour relever les défis de l’agriculture  notamment pour faire face à l’accroissement de la demande de biomasse végétale  voire dans les secteurs de la santé ou de l’environnement. Faire en sorte que leur développement soit maîtrisé et ne nuise pas à la diversité des formes d’agriculture nécessite d’en aborder toutes les facettes. Ainsi, l’évaluation de leurs bénéfices, de leurs impacts, de leurs risques éventuels et des conditions et conséquences de leur adoption et de leur déploiement mobilise des disciplines variées : la biologie végétale bien sûr, mais aussi l’écologie et l’agronomie, la phytopathologie et la microbiologie, la toxicologie et l’allergologie, ou encore l’économie, la sociologie et les sciences politiques. Les approches mises en œuvre doivent être aussi bien analytiques que systémiques, et déboucher sur une analyse comparative, au cas par cas, des systèmes de production dans toutes leurs dimensions.

 

Question
Peut-on réduire les recherches sur les biotechnologies végétales à un simple outil pour les chercheurs ? Comment en évaluer  les bénéfices, les impacts directs et indirects, voire les risques ? Quelles recherches et disciplines scientifiques leur déploiement en agriculture justifie-t-il de mobiliser ?

 

Auteur de cet article : François Houllier

exprimez-vous sur le forum
 

La sécurité alimentaire : oui, mais dans la durée

mardi 13 Mai 2008, 10:28

Jean-Claude Bevillard

Né en 1947, Secrétaire National de France Nature Environnement (3000 associations fédérés) chargé des questions agricoles,  membre du Conseil Supérieur d’Orientation agricole (Ministère de l’agriculture et de la pêche).

En Haute-Savoie, il est Vice-président de la Frapna (Fédération Rhône-Alpes de Protection de la Nature), chargé des questions agricoles

Professeur de collège, en Histoire et Géographie, jusqu’en 2007 ; élu municipal de 1989 à 2001.



Article
Le début de crise alimentaire mondiale nécessiterait, à en croire certains, que notre agriculture produise à tout prix, pour assurer la sécurité alimentaire de l’Europe et nourrir les pays du Sud.

Et pourtant si nous accentuons encore le productivisme agricole, que sera notre sécurité alimentaire dans 20, 30 ou 40 ans quand l’érosion aura privé beaucoup de sols de leur matière organique et quand la chute de la biodiversité mettra les cultures en grande fragilité face au parasitisme en les privant des auxiliaires naturels. La recherche d’une production abondante est légitime et vitale mais elle doit s’inscrire dans la durée ; les systèmes agricoles doivent être reproductibles sur le long terme. Toute autre choix est irresponsable à l’égard de nos enfants et des populations les plus pauvres de la planète.

Ce ne sont pas les exportations alimentaires de l’Occident qui vont permettre aux pays du sud de faire face aux menaces de famine mais bien le développement de leur agriculture vivrière.


Question
Le premier objectif ne doit-il pas être de diminuer fortement les importations europénnes de protéines pour favoriser l’autonomie de l’élevage français et la sécurité alimentaire des pays du sud ?

Auteur de cet article : Jean-Claude Bevillard

exprimez-vous sur le forum
 

Pratiques et systèmes agricoles : Les pesticides sont devenus le pivot des systèmes de production actuels.

jeudi 8 Mai 2008, 18:00

Jean-Marc Meynard, 53 ans, est ingénieur agronome, Directeur de recherche à l’INRA, spécialiste de protection intégrée des cultures et de la conception de systèmes de culture innovants. Il dirige depuis 5 ans le département pluridisciplinaire Sciences pour l’Action et le Développement.


Article

Nous assistons ainsi à une spécialisation sur les espèces les plus rentables, les rotations courtes étant rendues possibles par les herbicides, fongicides et insecticides. En retour, le recours croissant aux rotations courtes impose un accroissement de l'usage des pesticides. Il en va de même pour la conduite des cultures, qui vise une productivité élevée, mais exige par construction des traitements phytosanitaires massifs. Prenons l'exemple de la culture intensive du blé, telle qu’elle est pratiquée en France et plus généralement en Europe de l’Ouest. Pour maximiser les rendements, on sème tôt et densément, on alimente régulièrement la culture en azote, on choisit les variétés les plus productives, (qui ne sont généralement pas les plus résistantes aux maladies). Tous ces choix sont favorables à la productivité mais aussi aux insectes parasites, aux maladies fongiques et aux mauvaises herbes,:Ces systèmes sont cohérents avec la demande du marché, de produits à bas prix, de fruits et légumes extérieurement irréprochables, de produits hors saison?

Question
Les consommateurs sont ils prêts à assumer les conséquences possibles d’une réduction forte de l’usage des pesticides ? Les fruits issus d’une agriculture française économe en pesticides seront moins jolis extérieurement, moins souvent disponibles hors saison ; certains produits, certaines années seront peut-être un peu plus chers.  Le consommateur est-il prêt à assumer les choix du citoyen ? Quelle sera la stratégie de la grande distribution ?  

Auteur de cet article : Jean-Marc Meynard

exprimez-vous sur le forum
 
 
Parlons agriculture